Il y a un an … la disparition de Léon FOENKINOS

Il y a un an, nous apprenions, attristés, le décès de Léon FOENKINOS, ancien joueur du Red Star et capitaine de l’équipe lors de la saison 1942/43.

A cette occasion, nous souhaitions vous faire partager ce texte rédigé par Luc, adhérent au collectif.

Merci à Luc pour ce texte et une pensée pour Léon.

Léon Foenkinos, une vie de foot

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Léon Foenkinos nous aura donc quittés juste à la veille de ses cent ans. Ce simple constat nous laisse bien entendu admiratifs par l’écart entre l’homme, impliqué, passionné, rieur, généreux que nous avions rencontré et les terribles années qu’il a pu traverser de la première guerre mondiale jusqu’au XXIe siècle.

Sans non plus mélanger les perspectives historiques, recentrons nous simplement sur la chose footballistique et son évolution, des premiers balbutiements à l’ère actuelle du professionnalisme mondialisé. Profonds changement que Léon a accompagnés avec une passion toujours intacte… et un stade Bauer toujours présent!

Alors bien entendu, on peut imaginer dans les années folles, le jeune Léon poussant ses premiers ballons dans la cours de l’école ou dans la rue avec pour héros les joueurs d’un Red Star alors à l’apogée, rêvant de détrôner les intouchables inventeurs du jeu anglais ou s’abandonnant à la rêverie d’un pas de tango footballistique au rythme et à la virtuosité d’une céleste à la grâce invincible. Qui sait, peut-être même avait-il dans sa chambre un poster publié par l’Auto du grand Arthur Friedenreich !

Arrivent les années 30, premières années de professionnalisme guère profitables aux héros du Red Star qui rentrent dans le rang, pour ne pas dire l’anonymat avec des allers/retours régulier entre D1 et D2 malgré un effectif riche : l’autrichien Löwinger, meilleur demi centre d’Europe, Jacques Mairesse, Alfred Aston, assurément le meilleur ailier français de tous les temps, l’anglais Edmunds, les hongrois Charles Sas, André Simonyi et Acht, Marcel Languilier, Max Conchy, l’irlandais O’Neill, George Meuris, l’écossais Keenan des Glasgow Rangers.

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Léon apparaitra dans l’équipe du Red Star à la fin de la décennie, dans des années où jouer pour le foot était certainement « bizarre » face à la triste réalité du quotidien.

Malgré un stade Bauer réquisitionné pour abriter les véhicules de l’armée allemande, le football reprend donc ses droits en 40. Le Red Star remporte le championnat de zone occupée en 41 avec à côté de Léon des joueurs comme Jules Vandooren, Julien Darui, Helenio Herrera, Henri Roessler.

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En coupe de France, le Red star chute en finale de zone occupée face à Bordeaux.

L’année 42 verra le Red Star gagner sa cinquième coupe de France et terminer 3e du championnat. Avant son démantèlement en 43 suite à la réforme du Colonel Pacot, le Red Star chutera en demi-finale de la coupe de France encore face à Bordeaux et terminera seulement 10e du championnat.

De cette époque, Léon Foenkinos nous a donné deux beaux témoignages d’une époque qu’il faut certainement avoir vécu pour comprendre l’invraisemblance de voir se croiser dans une même équipe un entraineur collaborateur, un arrière gauche juif et un jeune résistant nommé Rino Della Negra.

Je retranscris les termes de Léon sur le jeune homme lors de l’interview qu’il donna au site Allez Red Star :

 » C’était un garçon extraordinaire ! D’une gentillesse ! Lui, jouait ailier droit. Vous savez que ça m’a fait un choc, votre lettre ! Nous n’étions pas au courant ! Il venait au stade, il se déshabillait, il faisait l’entraînement et il repartait. Il nous serrait la main. Il nous disait toujours bonjour mais il ne pouvait pas nous parler ! Il faut faire une réunion à la Mairie pour décider de donner une rue Rino DELLA NEGRA parce que c’était un héros, ce môme-là ! Parce que se battre pour la France alors qu’il était italien ! Il faut jouer là-dessus! « 

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Bel hommage et surtout incroyable fidélité de cet homme qui des années plus tard, contre l’avis de tous, contre le froid le plus rude, insistera pour assister aux côtés de Inès Tonsi au débat organisé sur Rino Della Negra à Bauer. Je nous souhaite à tous d’avoir des amis de cette trempe-là.

Les années 43 et 44, forcément seront chaotiques pour tous. Léon réussi à passer au travers.

J’aime particulièrement l’anecdote de celle qui nous laisse sur la libération de Paris, je crois que la volonté du personnage et son instinct de survie y ressortent tout particulièrement :

« J’ai eu peur parce qu’à la fin de la guerre, j’étais avec ma femme, boulevard de Clichy et les allemands n’étaient pas encore partis. Ils ont commencé à mitrailler et heureusement, on est rentré dans un immeuble ? Je dis à ma femme : « Attention ! Je suis passé au travers depuis si longtemps, je ne vais pas me faire bousiller maintenant ! » .

Léon ne lâche pas le morceau comme ça que cela soit dit.

Je peux vous dire qu’en lisant ça, on imagine bien le genre de défenseur qu’il pouvait être : tout le temps au charbon et à pas lâcher le morceau !

Néanmoins, la belle histoire avec le Red Star prendra fin à la reprise du cours normal des choses en 45. Léon a laissé certainement ses belles années pendant la guerre, en tout cas, c’est ainsi que l’équipe dirigeante d’alors semble juger les choses. Léon avec sa volonté farouche va rebondir quelques temps à Montreuil.

Arrive la retraite sportive mais Léon ne lâchera jamais ce qui a été le sens de sa vie, sa passion : le ballon. Il continuera à jouer et entrainer dans les années 60 avec le club « showbiz » des Polymusclés aux côtés de Jean Paul Belmondo ou Robert Chapatte. Le football lui servant ainsi pour assouvir son autre passion : le chant ! Et oui, Léon adorait ça. Foot, musique, bon temps entre amis. Léon était le porteur, l’incarnation des valeurs du Stade Bauer, c’est certain.

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Hommage doit être aussi rendu à sa patience, car je pense que pour entrainer ce type de fêtards là, de la patience, fallait en avoir… mais qu’importe, qu’est-ce que le football si ce n’est un prétexte pour s’amuser entre amis ?

Fan de sport, Léon répondra à l’appel de Pierre Belmarre pour créer un grand club de football à Paris et s’occupera des équipes de jeunes du PSG. L’histoire ne dit pas s’il a pu du coup profiter des cours de chants de la mythique marraine du club de la porte de St Cloud, Annie Cordy. (https://www.youtube.com/watch?v=_brp9kp79_4)

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Cela restera une action forte pour Léon que celle de transmettre sa passion aux jeunes, PSG donc mais aussi entraineur des équipes étudiantes d’HEC jusque dans les années 90.

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Fidélité encore, Léon sera de ceux qui accompagnèrent l’équipe de France aux USA en 94. Voyage bouclé des années à l’avance, tout prêt sauf que l’équipe de France oublia d’y aller… Cela n’empêchera nullement Léon d’y aller et de profiter pleinement de l’Ouest américain. Quand on a survécu à 2 guerres mondiales, ce n’est pas un tir de Kostadinov qui va gâcher la fête non ?

Je crois que ce sera ces valeurs de passions, de générosité, de transmission qui resteront pour nous tous un véritable enseignement que nous aura transmis Léon Foenkinos qui malgré les épreuves de la vie a toujours su garder vivant en lui la joie d’un gamin qui tape dans un ballon en se prenant pour les héros de son époque que ce soit Thépot, Kopa, Platini, Zidane ou Allegro. Cent ans ont passé, le football a beaucoup changé mais au final, la passion qui l’anime, les liens qu’il tisse, le bonheur qu’il procure restent intacts pour qui aime le jeu et sait garder un regard innocent sur la vie. C’était certainement ça le secret de Léon pour durer dans la bonne humeur.

Un grand MERCI à Léon. Le Roi est mort… vive le foot !

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PS : je tenais à titre personnel juste évoquer le souvenir et la grande chance que furent pour moi de pouvoir fouler la pelouse de Bauer aux côtés de Léon pour qui ce fut la dernière sur ce près-là. Pareil à lui-même, Léon, sans nostalgie aucune, avec son énergie nous a simplement fait apprécier ce moment-là et la chance que cela peut être que celle d’avoir ce stade là, ce club-là, ces gens-là.

Un dernier mot aussi pour remercier le neveu de Léon, Norbert, pour la grande confiance qu’il nous a faite en prêtant pour les besoins de cet article les archives personnelles de son oncle. Merci à lui, du fond du cœur.

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